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Les sentiments après la transplantation

Lorsqu’il sera transplanté, le greffé devra apprendre à vivre avec des sentiments inconnus jusque-là. Il n’oubliera jamais ce donneur auquel il doit la vie.

Voilà ce que Jeannine (voir ci-dessus) nous en dit :

J’ai demandé aux médecins s’ils pouvaient me donner des renseignements sur le donneur. Ils m’ont juste dit que c’était une jeune femme, qu’elle avait 25 ans. Je pense régulièrement à elle. A sa famille aussi, qui a accepté de faire ce don. J’y pense sans remords, car je sais qu’elle n’est pas morte pour moi. Elle était morte de toute façon, mais sa mort a permis de me sauver la vie. Je lui suis très reconnaissante. Je me demande parfois si elle avait des enfants. Ça me ferait du mal de savoir qu’elle était jeune maman. J’aurais peut-être envie de rencontrer la famille. De lui dire que, grâce à elle, je revis. Et je profite pleinement de cette vie parce que j’ai bien conscience du fait que je ne devrais plus être là.

Jean-Marie, cinquante ans, vit l’expérience au creux de sa chair.

Ce n’est pas rien de se dire qu’on a en soi l’organe de quelqu’un d’autre. D’autant que, pour moi, ce n’était pas juste un organe, mais une personne. Je suis de ceux qui croient que toute notre histoire est inscrite dans nos cellules. Pour moi, cette greffe allait être le début d’une longue cohabitation. Je ne savais rien de mon donneur, mais je le voyais en rêve. Un homme jeune, très jeune même. Le chirurgien, interrogé, m’a confirmé : c’était un garçon de 17 ans, tué dans un accident de moto. Parfois, je me regardais dans le miroir et j’avais l’impression d’être dans la peau d’un ado. Un autre m’habitait, qui essayait de trouver sa place.

Depuis lors, lui et moi nous sommes fondus l’un dans l’autre au point de devenir un. Mais j’ai changé, et mes valeurs aussi : je mets les petites choses de la vie au premier plan et je fais passer ceux que j’aime avant mon travail. Pour moi, désormais, c’est le présent qui compte. Parce que je dois la vie à un don, j’éprouve le désir de donner à mon tour. Je voudrais écrire un livre en utilisant des éléments de mon expérience. Malgré des moments très difficiles, j’ai vécu une magnifique aventure humaine.

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