La greffe est toujours une solution ultime, proposée après que tous les traitements possibles aient été tentés. Le patient en attente de greffe est au seuil de la mort. Prendre la décision de se mettre sur la liste d’attente n’est pourtant pas une évidence pour les malades.
Le candidat receveur n'échappe pas aux questionnements et aux responsabilités éthiques ! Son consentement à la transplantation est-il éclairé ? L'équipe de transplantation (médecins, chirurgiens, mais peut-être aussi psychologues, kinésithérapeutes, diététiciens) a-t-elle mis tout en place pour que le patient ait, dans les limites de ses capacités de compréhension, accès à l'information nécessaire et suffisante pour comprendre la nature de son engagement s'il accepte la transplantation ?
Ce choix s'accompagne de responsabilités vis-à-vis de l'organe greffé et au travers du greffon, vis-à-vis du donneur et vis-à-vis de la collectivité qui permet et organise le don et la transplantation d'organes !
La décision est teintée d’incertitudes liées à la dépendance d’un organe greffé étranger. Des questions comme "Serais-je différent avec le cœur d’un autre ?" "Et si je reçois le cœur d’une femme ?" posent la question de l’identité de l’individu. La crainte du rejet ravive la crainte de l’échec de la transplantation.
Voici le témoignage de Jeannine, dont le cœur a failli cesser de fonctionner à 35 ans.
J’ai fait un infarctus. Douze jours en réanimation, six semaines à l’hôpital et un an pour me retaper. J’étais devenue inopérable. Le courrier du cardiologue destiné à mon médecin disait : "chance de survie : 43 %. La greffe est l’unique solution." Je l’avais ouvert… mais ce que j’y avais lu m’avait fait tellement peur que je n’en ai jamais parlé à personne (…). J’ai fait un nouveau malaise (…). Une fois mon état stabilisé, les médecins m’ont parlé de la greffe. Je sentais que j’étais à bout, mais je ne parvenais pas à prendre cette décision. Un professeur m’a expliqué que mon cœur ne fonctionnait plus qu’à 19 % et que le prochain accroc serait le dernier. "On n’essaye pas de vous vendre notre marchandise, m’a-t-il dit. On n’en a pas assez ! Mais si vous voulez voir grandir vos enfants et vos petits enfants, vous n’avez pas le choix." Comment résister à cet argument ?
Dernière modification :