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Donner

La difficulté des familles

Admettre la mort

Pour l’entourage familial du donneur potentiel, la mort du cerveau et du tronc cérébral est une réalité difficile à comprendre ! Le défunt semble en effet dormir et respirer paisiblement, grâce au respirateur artificiel. Sa peau, au toucher, est tiède, car le sang circule encore dans les vaisseaux du donneur. Il est entouré de machines, de lignes de perfusions artérielles et veineuses. Très souvent, la température corporelle est maintenue au moyen de couvertures chauffantes.

La maman de B., mort quand il avait trois ans, raconte :

C’est difficile de se dire que son enfant est mort alors que vous voyez sa poitrine se soulever, que vous entendez son cœur battre, que son petit corps est encore chaud et que ses jolies joues sont roses.

De plus, une infirmière s’active auprès du corps, car il faut suivre certains paramètres d’heure en heure : elle surveille le débit des perfusions veineuses, les modifie parfois, elle vide les sacs d’urine et note la diurèse. De quoi déconcerter plus d’une famille non avertie !

Le médecin nous a dit qu’il était mort, alors pourquoi encore lui prodiguer tous ces soins ? Puis, on a tellement entendu d’histoires où les accidentés sortaient subitement d’un coma que l’on avait cru fatal.

Ainsi, les parents éprouvés sont d’abord saisis par un sentiment de dénégation : refus d’admettre la mort.

La phase de révolte

Passé ce cap, c’est le sentiment de révolte : révolte contre le médecin "qui n’a rien pu faire", révolte contre l’auteur de l’accident éventuel, révolte et reproches mutuels dans le couple ou la famille, révolte contre tout et contre tous.

Peu de temps pour décider

De plus, une fois le diagnostic de mort cérébrale posé, on possède à peine quelques heures pour poser la question du prélèvement aux familles. Cette question est souvent totalement inattendue.

Voici le témoignage de France. Son aîné, Pascal, 19 ans, est renversé alors qu’il revient à pied de l’école et tombe dans le coma.

Au bout de quelques heures, le professeur et son équipe sont venus nous expliquer que l’issue serait fatale. Ce n’était pas possible ! Nous étions figés par la douleur. Mais l’équipe a pris le temps de nous parler longuement, à plusieurs reprises, pour nous amener doucement à comprendre ce qui nous arrivait. Puis, avec beaucoup de délicatesse, ils ont évoqué le don d’organes… Le don d’organes ! Je n’avais jamais imaginé que l’on pouvait me demander cela ! Je savais que ça existait, bien sûr. J’avais vu des émissions à la télévision, mais jamais nous n’en avions parlé à la maison. A quoi bon ? Ça ne pouvait pas nous arriver, à nous ! C’est le genre de choses que l’on voit dans les films américains, pas dans notre petit cocon familial.

Cela nous rappelle combien il est important d’avoir bravé les tabous et d’en avoir parlé auparavant. Cette brièveté de délai est probablement une des raisons principales du refus des familles.

L’idée d’une profanation

Le don d'organes heurte la notion d’inviolabilité du corps humain, support de la personne. Notre corps affirme notre présence dans la société dont nous sommes issus, non seulement par sa présence physique, mais par l'image qu'il donne de ce que nous sommes ou pensons être intérieurement. Le prélèvement d’organes par une opération chirurgicale sur le corps de l’être aimé peut être ressenti par les proches comme une profanation corporelle, une mutilation choquante. Cette réaction est plus fréquemment ressentie par les jeunes couples et les mères, qui le ressentent dans leur chair.

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